Parce que toi, Marx, t’y crois encore ?!

Quand l'esprit du capitalisme pervertit nos organisations militantes.

Bon, ça suffit, stop, basta ! J’avais déjà été tuée par le capitalisme dans ma vie professionnelle (je racontais ça dans une première conférence gesticulée*) mais là, gueule de bois : ce salaud s’est infiltré dans ma vie de retraitée militante : chez nous, dans nos propres organisations de lutte ! Comment c’est possible que le cauchemar du néolibéralisme nous coince aussi dans notre propre camp ? Pourquoi ça marche ?
Je vais vous dire comment le militantisme a été dézingué par la culture néolibérale, par l’esprit du capitalisme**. Mais aussi comment on va retrouver la boussole, grâce à l’analyse historique, matérialiste, des luttes, en repartant d’avant les années 1980 : c’est quoi une lutte victorieuse, un rapport de force ?

Comme Marx, j’ai 170 ans, je fais plus jeune, je sais, je sais…
J’ai appris l’histoire par celle des luttes et, dans ma Lorraine natale, j’ai connu celles de la sidérurgie, Longwy et Radio Lorraine Cœur d’Acier et plus récemment, à Marseille, la bataille de La Plaine, et celles qui ont suivi le 5 novembre 2018, les effondrements des immeubles rue d’Aubagne.
Depuis quelques années, j’ai vu arriver de nouveaux militants dans les mouvements de lutte. Je les appelle Feskelpeu, Camarade Formidable ou Belle Journée dans ma conf, ils sont nés dans le néolibéralisme, sont branchés outils, co-construction, expression de besoins individuels, innovation, gouvernance, et semblent coupés de la mémoire antérieure à leur propre existence, sans analyse historique, sans lien avec la culture ouvrière.
Avant les années 80 ? Rien ! Tout a été effacé par le rouleau compresseur. Ainsi, le vocabulaire, la langue de bois, les méthodes, les outils néolibéraux, ceux du management, des dominants, se sont infiltrés dans nos mouvements au point de casser les luttes. Et nous ? Nous formons mal nos militants, alors que la transmission est tellement importante. Comment sortir de là, quand notre camp est fragilisé ? L’éducation populaire bien sûr !

Claire Hofer

 

*J’ai travaillé toute ma vie dans la communication publique, celle du Service public. Pendant trente ans, j’ai pu en faire de l’éducation populaire politique. Mais le néolibéralisme et les pouvoirs publics ont institué la pseudo participation citoyenne, la Komm à tout va et ils ont mis à mort le Service public. Ça a tué mon métier. C’était le sujet de ma première conférence gesticulée (formation L’Ardeur, 2019)
**« L’esprit du capitalisme, ce ne sont pas ses doctrines ni son idéologie, mais une sensibilité culturelle, un style moral, une psychologie. C’est moins le marché, le profit, le calcul, et plus un tempérament. Il intègre de l’irrationnel, donc du risque et de l’incertitude. » Max Weber, L’éthique protestante et l’esprit du capitalisme, 1904-1905 (Lire aussi : Le nouvel esprit du capitalisme : Ève Chiapello et Luc Boltanski (1999, Gallimard)

Bibliographie

  • Il faut s'adapter : sur un nouvel impératif politique - Barbara Stiegler
  • Un démocrate - Julie Timmerman,Stéphane Resche,Marie-Astrid Bailly-Maître, Julie Timmerman,Stéphane Resche,Marie-Astrid Bailly-Maître, Julie Timmerman,Stéphane Resche,Marie-Astrid Bailly-Maître
  • Lettres de non-motivation - Julien Prévieux
  • 1984 - George Orwell
  • Le ministère des contes publics - Sandra Lucbert
  • La ville-sans-nom: Marseille dans la bouche de ceux qui l'assassinent - Bruno Le Dantec
  • LQR: la propagande au quotidien - Éric Hazan
  • En travail: Conversations sur le communisme - Frédéric Lordon,Bernard Friot, Frédéric Lordon,Bernard Friot
  • Organisons-nous ! manuel critique - Adeline De Lépinay
  • Libres d'obéir: le management, du nazisme à aujourd'hui - Johann Chapoutot
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