Claire Hofer
Je suis retraitée depuis 2019. Mon métier, c'était la communication publique. C'est à dire celle du service public. J'allais voir les gens là où ils vivent, luttent, travaillent, avec des sujets d'intérêt général qu'on m'avait demandé de leur partager. "On", c'était mes clients, mes commanditaires : les collectivités locales, les hôpitaux, les régies de transports publics, les associations, les conseils de territoires, les bailleurs sociaux, etc. Tout ça a duré 30 ans, c'était passionnant, je faisais de l’Éducation populaire politique. D’abord ça passait, plutôt bien, puis j'ai dû brandir « l’utilité publique » comme une gousse d’ail face aux dominants-vampires, pour finir par passer dans des trous de souris de plus en plus petits, puis plus du tout : le néolibéralisme avait tué mon métier. Avec la "participation habitante" et les autres tartes à la crème de la "démocratie participative", ajoutées à la Komm à tout va et la braderie du service public, c'était fini, foutu. J'ai raconté ça dans une première conférence gesticulée : "On va quand même pas leur donner les clefs de la voiture !"
Bien, qu'à cela ne tienne, me suis-je dit ! Je me suis investie dans le réseau national des gesticulant·es et à Marseille, où je vis, j'ai continué en tant que militante associative, dans l'éducation populaire politique, dans la lutte pour le droit au logement (c'est pas du luxe) et "pour le contrôle citoyen des politiques publiques et la reconnaissance de la maîtrise d’usage dans l’élaboration de projets urbains". Hahaha, j'y ai cru ! Eh bien, là aussi, dans nos propres rangs, j'ai retrouvé des mots, des méthodes, des outils néolibéraux qui sont pourtant ceux que l'ennemi utilise contre notre camp, affaibli, parfois carrément aveugle... Alors j'ai repris des forces, j'ai tenté de comprendre, d'analyser et ça a donné ma deuxième conférence gesticulée : "Parce que toi, Marx, t'y crois encore ?". On reprend les choses en main ? on analyse? Allez, banzaï !

