Tiers-lieux : Rotary club pour petits bourgeois ?

Pendant des années, j’ai été activiste écologiste semi-professionnel. C’est à dire à temps plein, mais pas payé. Je vivais en squats, chez des amis, chez ma mère, dans les ronds points de gilets jaunes. Face au ravage écologique et à la montée du fascisme, c’était une urgence vitale pour moi.

Mais je me suis fatigué. Non pas à cause de la répression, bien que j’en ai subi. Mais à cause du manque de moyens dans nos luttes. A cause du manque d’espace pour s’organiser. Faire des Assemblées générales à 100 personnes, des formations sur un week end entier, quand on n’a pas un rond, c’est une lutte dans la lutte…

Alors quand je suis tombé sur une offre d’emploi pour animer un « tiers-lieu », c’est à dire un lieu partagé et ouvert au public, qui défend les initiatives écologiques et solidaires, et qui fait parti de tout un réseau de lieux qui prétend changer le monde, je me suis dit que j’avais peut-être trouvé une réponse à ce foutu problème d’espace. Et que j’allais accessoirement sortir de la précarité.

Erreur ! Deux ans et demi plus tard, je finis en larme chez ma toubib. Ce tiers-lieu que j’anime sans compter mes heures, et qui affiche de si belles valeurs, et bien… il n’est pas au service des plus précaires, il n’est pas au service des lignes de front qui résistent à la montée du ravage. Il est avant tout au service de coworkers qui développent leur activité d’auto-entrepreneurs, organisent des expos photos de leur voyage ou des dégustations de bons vins. Il est au service d’associations aux salariés sous payés qui accompagnent des personnes encore moins payées à bien s’insérer dans un système économique injuste, sans le questionner.

Mon tiers-lieu est au service du statut quo, pendant que la planète crâme, et que l’extrême droite monte.

Cette conférence pourrait juste être une simple critique désabusée des « tiers-lieux » et des gens qui les font vivre. Ce n’est pas le cas. C’est une invitation à voir plus large. A voir que les « tiers-lieux » ne sont pas juste ces lieux peuplés de « bobos » (appelons les petits bourgeois sans animosité, d’ailleurs je vous le dis : j’en suis un), mais que ce sont aussi les petits bars d’habitués, les cafés du coin, les places où se retrouvent les habitants. A voir que ces lieux de sociabilité sont attaqués par le capitalisme, et c’est même pour ça que le mot « tiers-lieu » a été créé : pour se défendre de leur disparition. A voir, enfin, que de nombreux « tiers-lieux », même s’ils ne s’appelaient pas ainsi,  ont réussi à changer le cours de l’histoire : Bourses du travail, Maisons du Peuple, MCJ, squats ou plus récemment, ronds points de Gilets Jaunes.

C’est une invitation à interroger la raison d’être de nos lieux, et à reconnaitre qu’ils sont profondément et inévitablement politiques. Mais quelle politique servent-ils ? Quels intérêts servent-ils ?

Vous pouvez voir la toute première représentation de ma conf sur la page Youtube de Franck Lepage, où elle a déjà été vue presque 30000 fois : https://www.youtube.com/watch?v=X7e7iHeEeRA

Vous pouvez également télécharger le dossier de diffusion de ma conf’ en cliquant ici pour la programmer chez vous.

Je fais désormais partie d’un collectif d’éducation populaire qui accompagne les collectifs dans la (re)définition de leur projet collectif, et le renforcement de leur organisation : lafrontale.org.

 

J’ai créé une version alternative de cette conf, avec le titre « Super-lieu sauvera-t-il le monde? ». Cette version inclut un parallèle avec ma passion pour les super-héros. J’ai décidé de ne plus jouer cette conf, qui était trop lourde en contenu.

Le/La gesticulant·e

Quand j’étais petit, je suis tombé dans la marmite de l’écologie politique. Mes parents s’étaient rencontrés sur le terrain de la lutte anti-nucléaire, et à 3 ans, je manifestais déjà avec eux contre l’autoroute du Somport.  Une fois sortie de mes études, je deviens militant semi-professionnel (à temps plein mais pas payé) dans divers mouvements de désobéissance civile et mouvements sociaux, de la COP21 en 2015 à Paris aux Gilets jaunes. J’ai appris sur le tas à créer des collectifs de lutte, à animer des campagnes, organiser des actions directes, construire un soutien juridique…

Puis en 2020, je me lance dans l’animation d’un tiers-lieu aux accents militants, avec l’espoir d’en faire un espace de soutien aux luttes, et le besoin de sortir de la précarité matérielle où j’étais. Mon besoin sera satisfait, mon espoir nettement moins. Alors en 2024,  je quitte mon poste de facilitateur de tiers-lieux, pour créer la Frontale, un collectif de formation en éducation populaire créé avec Amaury Millotte, un déçu du monde de la culture <a href= »https://conferences-gesticulees.net/conferences/heureusement-que-vous-etes-la-sinon-y-a-longtemps-quon-aurait-tout-change/ »>devenu conférencier gesticulant</a>, et Valentine Martial, issue du monde non-moins décevant des centres sociaux. Déçus de tous les secteurs, unissons nous !