Marie-Laure Guislain

Dès la fin de ses études droit, Marie-Laure a eu la chance d’apprendre auprès de plusieurs communautés organisées diverses façons de lutter contre les injustices sociales, environnementales, coloniales et patriarcales causées par les Etats et les multinationales. L’histoire de ces gens en lutte partout dans le monde reste pour elle un moteur d’action si puissant qu’elle transmet leur témoignage, espérant qu’ils pourront nous encourager à agir et vivre comme si nous étions déjà dans un monde respectueux du vivant.

Avocate et médiatrice de formation, elle travaille d’abord deux ans en Argentine et en Colombie contre l’accaparement des terres et des ressources naturelles face aux multinationales et dans le contexte du confit armé.

De 2012 à 2020, elle est responsable des enquêtes et actions en justice contre les acteurs économiques à Sherpa, qu’elle mène contre Lafarge, BNP, Vinci, des entreprises d’armes françaises au Yemen, DLH, Auchan, Yves Rocher, Samsung, Bolloré, Perenco…en partenariat avec les syndicats et les communautés affectées par ces monstres économiques. Elle contribue à l’écriture des propositions de textes et des argumentaires juridiques de la loi sur le Devoir de vigilance des multinationales de 2017 pour laquelle elle participe activement au plaidoyer.

 

Elle coécrit en 2020 le livre"le néolibéralisme va-t-il mourir et comment faire pour que ça aille plus vite?" (Ed. L’atelier avec Frédéric Amiel) décrivant les rouages complexes du système économique et social néolibéral mis en place par les multinationales et leurs alliés, maintenant leur impunité, et témoigne du pouvoir du droit et des associations pour le faire reculer.

Dans le livre et dans la conférence gesticulée « Désenvoutement » dont elle est inspirée, elle donne différentes pistes d’actions concrètes pour sortir de ce système, pour s’en désenvouter.

 

Elle croit notamment que le plaidoyer et les actions en justice pour créer un droit plus juste pourrait être plus accessible et plus démocratisés, pour que le monde associatif se l’approprie complètement et renforce ainsi ses modes d’actions.  Elle est persuadée que le droit pourrait être fait par et pour les les plus personnes concernées.

En ce sens, au sein de l’association Allumeuses qu’elle a cofondée, elle cocrée avec le CAC et Sciences citoyennes, l’espace de travail collaboratif “Droit et mouvements sociaux” pour démocratiser la stratégie juridique, la rendre accessible à tous les collectifs qui le souhaitent, créant des ressources pédagogiques et coordonnant des groupes de travail entre juristes et non juristes, où les plaidoyers et les actions en justice sont menés collectivement, et par les associations d’acteurs les plus concernés.

 

Les soixantaine d’associations membres ont choisi de créer plusieurs groupes de travail sur le droit des "générations futures", l’"autonomisation juridique des associations », «la répression des mouvements sociaux», « les méthodes d’actions en justice » et enfin « le droit face aux désastres écologiques et humains dans les conflits armés».

Dans le cadre de ce dernier groupe, elle a coordonné une stratégie d’actions en justice élaborée par 8 collectifs qui se battent pour le droit des palestiniens, qui a notamment abouti en juin 2024 à ce que les entreprises Israéliennes ne puissent pas y exposer leurs armes promues comme « testées sur le champ de bataille » au salon de l’armement Eurosatory à Paris: https://www.dalloz-actualite.fr/node/salon-eurosatory-risque-plausible-de-genocide-gaza-exige-t-il-mise-en-oeuvre-de-mesures-conserv . Le projet collectif sera lancé officiellement à la fin de l’année 2024 ou début 2025 sous réserve de financement.

 

Par ailleurs, en 2020, face à la surcharge de travail, la reproduction d’injonctions productivistes dans la petite association où elle travaillait, et à l’appropriation de son travail et celui d’autres femmes sur les plaintes menées contre Lafarge, Bolloré, BNP, ou Vinci par des patrons avocats dominants, elle fait un épisode de « burn out », doublé de « stress vicariant », ou par ricochet, ne sachant comment absorber les récits de violence systémique subie par toutes les personnes avec qui elle travaille pour les actions en justice.

Elle cherche depuis, avec l’équipe de sa nouvelle association Allumeuses, comment « désenvouter » EGALEMENT les collectifs engagés de cette culture de travail qui mènent à l’épuisement, pour déjà instaurer ce monde qu’on veut voir advenir en luttant autrement.

Son livre encourage déjà ces collectifs (associatifs, ou collectifs informels) à ne pas reproduire les injonctions néfastes du système telles que les injonctions à la productivité, à l'urgence, à la quantité plutôt que la qualité, qui poussent les militants au burn out. Elle décrit dans sa conférence comment ce fléau de l’épuisement affaiblit le pouvoir d’agir du mouvement social. Elle souhaite que le burn out dit « militant » ne soit plus une question individuelle, à traiter en thérapie, mais un sujet systémique et politique, à traiter avec des solutions systémiques et collectives.  

Elle préfère en ce sens parler de burn out capitaliste néolibéral que de burn out militant puisque c’est la reproduction du système à l’intérieur des collectifs qui épuise, et non le fait de s’engager qui permet au contraire de créer du lien et de sortir de l’impuissance.  Elle en parle notamment dans Espace de Travail sur Mediapart: https://vimeo.com/834069766/0e7d174681.

Avec une équipe de 7 femmes, elle développe au sein d’Allumeuses un programme qui accompagne en ce sens les collectifs sur le long terme, pour renforcer leurs luttes en invitant à des pratiques de travail plus soutenables.

Marie-Laure donne encore également des ateliers ponctuels dans les collectifs pour « réinventer les luttes : passer de l’épuisement au soin », et de « désenvoutement du système, invitant à cultiver des antidotes » en lien à sa conférence dans des ONGs qui voudrait travailler sur la mise en place d’une autre culture de travail.  Avec ses ateliers et dans la philosophie d’Allumeuses, qui ne veut plus parler qu’à la tête mais aussi toucher les corps et les cœurs, elle décloisonne les mondes politiques, corporels, émotionnels et artistiques, en se basant sur une approche d’éducation populaire, et se sert du Life Art Process, de la danse improvisation (qu’elle transmet régulièrement), du clown, de la CNV pour soutenir ce mouvement de changement politique.

 

Elle coanime avec ses collègues d’Allumeuses aussi des ateliers sur le consentement, ou d’émancipation du système néolibéral néocolonial patriarcat pour des groupes en mixité choisie de genre, qui aboutissent à des performances collectives où les corps et esprits minorisés prennent l’espace public l’espace d’un temps.

 

Marie-Laure croit aussi à l’impact des performances artistiques publiques dans des manifestations politiques (danse de la planète sur l’égalité de genre et le droit des palestiniens par exemple, sacrifice géant sur les inégalités devant le climat, ou encore des mobilisations artistiques pour dénoncer le système d’esclavage moderne lors du lancement de la coupe du monde).

Enfin, elle a réalisé deux documentaires où elle recueil de manière artistique des témoignages: un premier en 2010 sur les migrants en Argentine, et un deuxième sur les mères, où ces dernières témoignent avec les mots et leurs danses des discriminations dans la société patriarcale.

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