
Pascal Tanguay
Je suis un Québéco-Franco-Comtois depuis 23 ans avec une pointe d'accent chantant et des mots bien de chez moi qui restent toujours accrochés à mon gosier. Mon parcours atypique m'a fait parcourir les routes sur le pouce (en auto-stop, car je n'ai pas de voiture) et à vélo. J'ai créé cette conférence pour me déplacer le plus possible sans émettre de CO². Mon engagement pour l'environnement s'est toujours manifesté par de petits gestes et peu de discours. J'aurais eu plein de choses à dire sur la voiture individuelle et l'industrie automobile mais j'ai choisi de parler de mes enfants.
Je suis né en pleine révolution sexuelle, vers la fin du baby boom, donc en 1969 dans un pays encore très influencé par l'Église catholique. Je suis le cadet d'une famille de 7 enfants et j'étais prédestiné à devenir prêtre pour sauver une famille hautement dysfonctionnelle. Dans ma sensibilité d'enfant, j'ai vite compris que c'est ce que je devais dire pour m'assurer une existence assez paisible. Alors j'ai répété ce vœu de devenir prêtre depuis mes 5 ans jusqu'à mes 18 ans. C'est ma rencontre avec des personnes porteurs.es d'handicaps qui m'a permis de découvrir mon don à entrer en empathie avec les gens. C'est à l'Arche de Jean Vanier où j'ai appris à vivre dans une communauté d'hommes et de femmes fragilisé.es et exclu.es de la société civile.
A 22 ans j'ai entrepris des études en théologie pour exorciser les fausses croyances accumulées dans ma jeunesse. Ces études m'ont permis de devenir animateur de vie spirituelle et d'engagement communautaire en 2001 (voir rubrique formation). Au cours des ces années d'études entrecoupées d'emplois dans les écoles primaires et secondaires du Québec, j'ai vécu un événement fondateur qui m'a fait toucher du doigt la grâce d'être un vivant parmi les vivants avec la mission d'accueillir les laisser pour compte.
Je ne savais pas à cette époque que ce cheminement m'amènerait à accueillir la différence de mes propres enfants. Je me suis installé en France en 2004, à l'âge de 35 ans avec tous les apprentissages et les ajustements que cela impose. J'ai réussi à creuser mon trou et me tailler une petite place dans une société qui parle à peu près la même langue que la mienne mais qui perçoit le monde d'une toute autre manière... Je suis devenu photographe, guide dans un musée, puis enfin je suis revenu à mes premiers amours, dans une Maison d'Accueil Spécialisée, comme animateur avec des personnes polyhandicapées.
Depuis le décès de mon père en 2022, on dirait qu'une deuxième vie vient de commencer pour moi. Une vie qui a été portée entre autres par l'éducation populaire, à commencé par le fait de devenir un livre humain et maintenant en devenant gesticulant. Je ne me suis jamais considéré comme une personne impliquée politiquement ou comme un militant, même si je savais que j'avais une vie assez marginale, je ne me rendais pas compte que ça pouvait s'articuler dans un discours qui puisse faire bouger les lignes.
Je prends la parole aujourd'hui comme père de deux jeunes adultes en parcours de transition pour mon plus jeune et non-binaire pour mon plus vieux. La transidentité est un sujet chaud dans les médias de masses et le vocabulaire qui y est rattaché est assez complexe. Je m'aventure donc à dénoncer un patriarcat dont je suis issu. C'est un exercice qui m'a demandé beaucoup d'introspection et de confrontation avec la réalité de mes privilèges d'homme blanc.